Message de Monseigneur Christory – Vendredi 31 Juillet

Comment au cours de la fraction du pain, Paul sauva un jeune garçon, Eutyque, de la mort ?
| La scène que nous découvrons au chapitre 20 des Actes des apôtres se déroule à Troas, en Asie Mineure. Paul y est arrivé avec plusieurs compagnons. « Le premier jour de la semaine », Luc précise qu’il se retrouve avec Paul et d’autres chrétiens. Il est intéressant que le texte précise un premier jour de la semaine. En effet, les juifs se retrouvent le jour du Sabbat, soit pour nous le samedi, car c’est pour eux le septième et dernier jour de la semaine, celui du repos de Dieu dans le récit de la création (Cf. Gn 1). Or les chrétiens, qui ont parfaitement intégré la résurrection de Jésus comme épicentre de la foi, savent que ce miracle eut lieu le matin du premier jour de la semaine, avant le lever du jour. Aussi pour ces fidèles de Jésus, la semaine commence en réalité le dimanche. D’ailleurs ce mot dimanche vient du latin dies domini, soit le jour de Dieu. C’est l’empereur Constantin Ier qui fit de ce jour le jour du repos, en l’an 321. Même si, de nos jours nous utilisons communément la locution anglaise « week-end », le dimanche est le commencement d’une nouvelle semaine : nous sommes appelés à le vivre dans la lumière de la Résurrection. C’est ce jour-là que l’assemblée de Troas se retrouve pour écouter la Parole de Dieu et célébrer la fraction du pain. Nous possédons un texte fort ancien qui décrit le déroulé de cette liturgie que l’on nomme la Didachè, rédigé à la fin du Ier siècle. Le mot Didachè est un terme grec qui signifie simplement « enseignement » ou « doctrine », du verbe didáskein, « enseigner ». Ce texte comporte seize chapitres. Les six premiers parlent de la voie de la vie et de la voie de la mort. Cela fait écho au passage du livre du Deutéronome « Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur » (Dt 30,15). Les 7ème et 8ème chapitres parlent du baptême et du jeûne. Ensuite viennent deux chapitres sur les prières eucharistiques, la bénédiction de la coupe et du pain, l’action de grâce après le repas. Le 11ème chapitre évoque la vie en communauté et notamment des rassemblements dominicaux. Le dernier chapitre parle de la vigilance dans l’attente du retour du Seigneur, avec des signes annonciateurs de la fin des temps. Comment la Didachè parle de la célébration eucharistique ? Plusieurs étapes sont décrites. Dès l’ouverture de la célébration, s’élève une prière d’action de grâce sur le vin que je cite : « D’abord, au sujet de la coupe : Nous te rendons grâce, notre Père, pour la sainte vigne de David, ton serviteur, que tu nous as fait connaître par Jésus, ton serviteur. À toi la gloire dans les siècles ». Ensuite, il y a la prière sur le pain avec un appel à la communion pour tous. En voici le texte : « Et au sujet du pain rompu : Nous te rendons grâce, notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous as fait connaître par Jésus, ton serviteur. À toi la gloire dans les siècles. Comme ce pain rompu était dispersé sur les collines et, une fois rassemblé, est devenu un, ainsi que ton Église soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton Royaume ; car à toi appartiennent la gloire et la puissance, par Jésus, dans les siècles ». Seuls les baptisés assistaient à cette liturgie, c’est pourquoi les catéchumènes quittaient la célébration après l’explication des textes bibliques. En effet, il est dit que « que nul ne mange ni ne boive de votre eucharistie, sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur ; car c’est bien à ce sujet que le Seigneur a dit : Ne donnez pas aux chiens ce qui est saint ». L’expression est pour nous assez dure. Elle précise en réalité la place de chacun. L’accueil eucharistique se faisait à l’issue du baptême, grâce aux catéchèses mystagogiques qui dévoilaient le Mystère chrétien, c’est-à-dire la foi en la présence réelle du Seigneur. Après la communion, vient une prière dense et longue, faite dans la bénédiction du nom de Jésus. Je vous la cite pour que nous entrions plus avant dans la prière de nos premiers frères chrétiens : « Nous te rendons grâce, Père saint, pour ton saint Nom que tu as fait habiter dans nos cœurs, et pour la connaissance, la foi et l’immortalité que tu nous as révélées par Jésus, ton serviteur. À toi la gloire dans les siècles. Toi, Maître tout-puissant, tu as créé toutes choses à cause de ton Nom ; tu as donné aux hommes nourriture et boisson pour leur jouissance, afin qu’ils te rendent grâce ; mais à nous, tu as accordé, par ton serviteur, une nourriture et une boisson spirituelles, ainsi que la vie éternelle. Avant tout, nous te rendons grâce parce que tu es puissant. À toi la gloire dans les siècles. Souviens-toi, Seigneur, de ton Église, pour la délivrer de tout mal et la rendre parfaite dans ton amour ; rassemble-la des quatre vents, elle qui a été sanctifiée, dans ton Royaume que tu lui as préparé ; car à toi appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles. Que la grâce vienne et que ce monde passe ! Hosanna au Dieu de David ! Que celui qui est saint s’approche ; que celui qui ne l’est pas se convertisse. Maranatha ! Amen. » Au cœur de cette prière est précisée notre destinée : la vie éternelle. Les fidèles demandent à être délivrés du mal en vue de la sainteté de l’Église, seule voie vers le Royaume préparé pour les élus. Aujourd’hui, il est demandé de jeûner une heure avant la communion. Or n’était-ce pas au cours d’un repas que l’eucharistie était célébrée ? C’est ce que fit Jésus au Cénacle. Ce n’est donc que plus tard que l’eucharistie sera dissociée du repas. Le jeûne permet en effet d’être disposé à recevoir le pain de la vie et la coupe du salut. Prière, bénédiction et repas continuaient longtemps et même tard dans la nuit. À Troas, tous devaient être avides d’écouter Paul les enseigner. C’est au cours d’une soirée tardive qu’un drame arriva lorsqu’un jeune garçon du nom de Eutyque, « assis sur le rebord de la fenêtre, fut gagné par un profond sommeil tandis que Paul prolongeait l’entretien ; pris par le sommeil, il tomba du troisième étage et, quand on le souleva, il était mort » (Act 20,9). Pourquoi Dieu permit-il cela ? Dieu ne s’oppose pas aux lois naturelles : c’est la raison pour laquelle il est de notre responsabilité d’être prudents. En s’endormant, Eutyque a suivi le chemin le plus naturel, la chute. Pourtant Dieu avait un plan pour se révéler. C’est ainsi que « Paul descendit, se précipita sur lui et le prit dans ses bras en disant : « Ne vous agitez pas ainsi : le souffle de vie est en lui ! » (Act 20,10) Saint Luc, notre rédacteur et, semble-t-il, témoin de la scène, abrège le récit et ne précise pas si Paul prie longtemps sur l’enfant. Il ajoute avec sobriété que Paul « remonta, rompit le pain et mangea ; puis il conversa avec eux assez longtemps, jusqu’à l’aube ; ensuite il s’en alla » (Act 20,11). Qu’est devenu Eutyque, ce jeune garçon ? « On l’emmena bien vivant, et ce fut un immense réconfort » (Act 20,12). Ainsi Paul fit un nouveau miracle qui conforta la foi au sein de l’Église. Pour faire le lien avec la prédication du pape Léon, on voit combien le thème de la paix importe. Nous avons déjà commenté les divisions qui apparaissaient dans ces premières communautés selon les sensibilités et la prédication des uns et des autres. Paul cherchera à dire sans cesse que c’est le Christ, Jésus mort et ressuscité, que nous suivons comme maître et Seigneur. Nous vivons des vies bien diverses. Ceux qui viennent vers l’Église, comme Mohamed, cet étudiant que je rencontrais récemment et qui fut baptisé à Pâques 2026, sont attirés clairement par la figure du Sauveur, Jésus. C’est en son nom qu’ils veulent agir et parler pour témoigner de leur conversion. Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur. Comment nous y prendre ? Nous avons les évangiles pour faire nôtre la Parole de Dieu. Pourquoi ne pas nous rassembler comme Paul, Luc et ces chrétiens, chez soi et prendre le temps de lire et de partager la Parole avec quelques amis ? Nous pourrons alors partager la table commune et recevoir ce qu’il faut pour nourrir notre fraternité. Prions ensemble pour en recevoir le désir et le vivre avec persévérance. Notre Père. |

Si ce message soutient votre foi et votre méditation,
pourquoi ne pas le faire suivre à vos amis ?


