Message de Monseigneur Christory – Vendredi 19 Juin

La joie du témoignage n’est-elle pas la lumière attendue par le monde ?
| L’aventure des premiers apôtres et disciples continue durant plusieurs décennies. Par leur simplicité de vie et leur détermination joyeuse, ils interpellent les juifs et les païens. Si les autorités juives s’opposent régulièrement au message du salut offert par Jésus-Christ, nombreux sont cependant ceux qui se laissent convaincre. Saint Luc note qu’à « leur sortie de la synagogue, les gens les invitaient à leur parler encore de tout cela le prochain sabbat » (Ac 13,42). Cette image est parlante : les gens ne voulaient pas que la rencontre s’arrête. Quelque chose les avait touchés, et ils voulaient en savoir plus. Il faut du temps pour recevoir la bonne nouvelle, pour la comprendre et qu’elle devienne notre lumière. La foi s’enracine dans la connaissance des Saintes Écritures et la fréquentation des prières communes. Cela demande une forme de travail et de recherche, choisie comme une priorité pour le chrétien. Saint Paul dit « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire » (Ph 2,12-13). Parler de crainte et de tremblement dit tout le sérieux du travail à réaliser. Si seule la grâce nous sauve du péché et de la mort, le chrétien répond par ses œuvres c’est-à-dire sa charité certes mais aussi sa propre quête de la vérité. Saint Paul se compare à l’athlète. En ces semaines du Mondial de football, nous voyons le fruit de l’entraînement des joueurs. Des heures de travail, de répétition, de discipline sont nécessaires pour que, au moment décisif, le geste juste soit là. Saint Paul ne raisonnait pas autrement lorsqu’il écrivait : « Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus » (Ph 3,12). Paul est bien conscient que ce qu’il est devenu, un apôtre, il le doit au Christ qui s’est manifesté à lui le premier. Il lui doit tout. Il existe chez Paul une sorte de défi lancé aux communautés. Dans ce registre sportif qu’il affectionne, il écrit encore : « Ne savez-vous pas que, dans les stades, tous les coureurs courent, mais un seul remporte le prix ? Courez de façon à le remporter » (1 Co 9, 24-27). Craignons une époque qui voudrait faire croire que l’effort n’est pas indispensable à toute victoire. Paul emprunte aussi à la vie des champs cette même sagesse du labeur patient : « C’est le cultivateur qui travaille dur qui doit avoir la première part des récoltes » (2Tm 2, 6). Le zèle et le travail des apôtres furent assurément un signe de la véracité de leur foi. Ce dynamisme missionnaire ne laissait pas indifférent : le bon accueil réservé à Paul dans certaines villes éveillait souvent l’acrimonie des autorités religieuses établies. C’est ce que nous voyons au chapitre 13 des Actes des Apôtres : « Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient » (Act 13, 45). Comme lors de la conversion du païen Corneille et son baptême par saint Pierre (cf. Act 10), Paul et Barnabé répondent à ce rejet avec une fermeté et une clarté remarquables : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. Car c’est le commandement que le Seigneur nous a donné : “J’ai fait de toi la lumière des nations, pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre” » (Act 13, 46-47). Paul présente un commandement venant du Seigneur : « J’ai fait de toi la lumière des nations ». En réalité, ce n’est pas Jésus qui dit cela. Paul cite une phrase du prophète Isaïe, c’est-à-dire écrite six siècles avant Jésus : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël. Je t’établis comme lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 6). Ce passage vient du second chant du serviteur. Qui est ce serviteur ? La réponse n’est pas évidente car il peut être Israël dans son entier ou un individu à venir. Dans une lecture chrétienne, le serviteur d’Isaïe est souvent identifié au Christ, Messie attendu. Mais Paul permet d’aller plus loin : puisque l’Église est le Corps du Christ, chacun de nous, s’il vit pleinement son baptême, est ce serviteur qui apporte la lumière aux nations. Paul écrira aux chrétiens de la ville de Philippe : « vous êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération tortueuse et pervertie où vous brillez comme les astres dans l’univers » (Ph 2,15). Jésus disait encore « je suis la lumière du monde ». Aussi, notre lumière est l’amour reçu de lui et renvoyé vers ceux qui vivent à nos côtés. La lumière dont le monde a besoin est la charité. L’annonce du salut après la mort réjouit le cœur des païens. Ils reçurent et accueillirent ce message d’espérance. Beaucoup devinrent croyants et diffusèrent à leur tour la parole du Seigneur. Nous savons que cela ne calma pas les juifs et les notables de la cité. Paul et Barnabé durent fuir l’agitation et ils furent expulsés de ce territoire. Ainsi vivaient-ils la parole de Jésus « On vous exclura des assemblées […] tous ceux qui vous tueront s’imagineront qu’ils rendent un culte à Dieu » (Jn16,2-3). Être associés aux souffrances qu’avait supportées Jésus dans sa passion était paradoxalement pour eux une cause de joie. C’est le mystère de la joie chrétienne qu’explicite l’ultime verset de ce chapitre des Actes, tandis que les apôtres Paul et Barnabé étaient chassés, « les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint » (Act 13,52). Voici le paradoxe d’une vie chrétienne authentique, elle rend concrète la septième béatitude de Jésus « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5,11-12) Face aux incompréhensions du monde, car le monde ne connaît pas Dieu, armons nos cœurs de patience et de force pour tenir bon dans cette adversité en brillant de la lumière de la charité au nom de Jésus. Je vous propose que nous prions en ces jours d’ordination des diacres et des prêtres en France pour ceux qui accueillent la vocation sacerdotale et ceux qui y pensent, appelés à discerner cet appel. Notre Père. |
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