Message de Monseigneur Christory – Vendredi 05 Juin

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Quand les disciples se font-ils appelés chrétiens ?     

Avant de commenter plus avant un nouveau passage des Actes des apôtres, je désire faire mention du magnifique dimanche de la Pentecôte qui a renouvelé tant de fidèles dans les grâces de leur baptême par la puissance du Saint Esprit consolateur. Celui-ci est notre défenseur, il conforte notre joie et notre paix. Après la Pentecôte, nous avons célébré la belle fête de la Sainte Trinité, un seul Dieu en trois personnes divines, tellement unies dans l’Amour. Ces fêtes furent l’occasion de nombreuses confirmations de jeunes et d’adultes, de premières communions pour des enfants. Le don de Dieu est là et nous nous émerveillons de ces chercheurs de Dieu, toujours plus nombreux, qui frappent à la porte. C’est une source d’espérance. Avec Jésus-Christ est donné un élan d’amour renouvelé pour bâtir une société libre du mal et des violences. Le prophète Osée dit : « efforcez-vous de connaître le Seigneur, son lever est aussi sûr que l’aurore » (Os 6,3). Le connaître est une grâce que le baptême infuse en nous, mais c’est aussi un appel qui nous est fait et une responsabilité à assumer : il nous revient de nous mettre en route vaillamment et avec persévérance. Je suis heureux quand je découvre des chrétiens qui créent des équipes pour partager la Parole, prier les uns pour les autres, pour prendre en charge des personnes fragiles. Osons et allons, sans crainte : le Ciel nous encourage. 
 
La conversion et le baptême du païen Corneille ainsi que sa famille nous ont bouleversés. À son retour parmi ses frères juifs, Pierre a dû se justifier d’avoir enfreint les interdits de pureté liés au culte, puisque l’Esprit Saint avait été répandu sur cette famille : « si Dieu leur a fait le même don qu’à nous, parce qu’ils ont cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour empêcher l’action de Dieu ? » (Act 10,17) Pour les disciples de Jésus, des juifs devenus chrétiens, ce fut une joie et un appel à dépasser les barrières culturelles intransigeantes pour aller vers les nations annoncer le salut en Jésus-Christ. Ils disaient : « Ainsi donc, même aux nations, Dieu a donné la conversion qui fait entrer dans la vie ! » (Act 11,18) Dispersés à cause de la tourmente qui suivit le martyre d’Étienne, certains frères partirent vers Chypre et Antioche et il est dit « qu’un grand nombre de gens devinrent croyants et se tournèrent vers le Seigneur ». Était-ce leur joie et leur courage qui touchaient les cœurs ? Fort de sa cohérence et de l’espérance qu’il apportait à chacun, le message de l’Évangile rayonnait d’une autorité qui poussait les gens à embrasser avec joie les enseignements des apôtres. 
 
« La nouvelle parvint aux oreilles de l’Église de Jérusalem, et l’on envoya Barnabé jusqu’à Antioche » (Act 11,22). On se rappelle que la circulation des nouvelles était facilitée par les voies romaines, tant terrestres que maritimes. Nous retrouvons Barnabé rencontré à Damas lors de la conversion de Saul. Ici Barnabé repart à Tarse pour quérir Saul, preuve de son attachement humble à Paul le futur apôtre des gentils. Barnabé jouissait d’une grande autorité bien qu’il ne fut pas un des premiers apôtres de Jésus. On disait de lui que « c’était en effet un homme de bien, rempli d’Esprit Saint et de foi » (Act 11,24). Le mention du Saint Esprit signifie aussi son aptitude au discernement. C’est là une belle réputation que nous pouvons méditer en demandant à l’Esprit de nous rendre semblable à Barnabé. Saint Luc, qui rédigea ce récit, affirme qu’une « foule considérable » s’attachait au Seigneur. Le mot hikanos traduit par « considérable » a aussi le sens de « digne ». Quand nous disons à la messe que nous ne sommes pas digne de recevoir le corps de Jésus, c’est ce même mot hikanos qui est utilisé par l’évangéliste Marc pour dire que Jean le Baptiste n’est pas digne de dénouer la courroie des sandales de Jésus (Cf. Mc 1,7). Ces personnes converties par la prédication de Barnabé formaient un groupe remarquable qui ne pouvait laisser indifférent. Pour le première fois, on les désigna par un nom nouveau, christianos, chrétien, qui fait toujours autorité et désigne notre identité et notre dignité de fils et filles de Dieu en tant que frères et sœurs de Jésus-Christ. Saint Paul dira que le chrétien a revêtu le Christ, que dorénavant ce n’est plus lui qui vit mais le Christ qui vit en lui. Pour saint Vincent de Paul, ce vêtement était la charité en actes, effective tout en demeurant discrète avec la conviction que Dieu le Père voit ce que nous faisons au nom de Jésus dans le secret. 
 
Toujours au chapitre 11 des Actes des apôtres, un passage moins connu suit, il s’agit d’une prophétie donnée par un certain Agabus qui sous la conduite de l’Esprit annonce une famine prochaine, qui se produira durant le règne de l’empereur Claude. Celui-ci régna de 41 à 54 apr. J.-C, et c’est lui qui expulsa les juifs de Rome dont un couple, Aquilas et Priscille, compagnons de saint Paul (Cf. Act 18,2). La référence à cet empereur dont parlent des sources profanes permet de situer dans le temps les événements vécus par les chrétiens. Ils se seraient déroulés une quinzaine d’années après la résurrection de Jésus. Le point intéressant est l’élan de solidarité qui s’en suit, puisque l’on décide « d’envoyer de l’aide, chacun selon ses moyens, aux frères qui habitaient en Judée ; ce qu’ils firent en l’adressant aux Anciens, par l’intermédiaire de Barnabé et de Saul » (Act 11,29-30). Jésus avait manifesté une grande attention aux pauvres, aux exclus comme l’étaient les lépreux. Le message de l’Évangile leur est destiné en premier et il devrait nous réveiller pour accompagner des personnes en précarité, possiblement par notre soutien financier mais surtout par une présence attentive.
 
La mission se déploie au cœur de ces premières communautés chrétiennes. Elles vivent la charité en actes, savent envoyer un frère au loin pour porter la Bonne Nouvelle, transmise avant tout oralement, parfois aussi couchée sur quelques papyrus. Si certains travaillent pour subvenir à leurs besoins, on se rappelle que Saul fabriquait des tentes, le cœur de leur vie reste l’annonce de l’Évangile et la prière, aussi bien partagée que personnelle. 
 
L’incompréhension de certains Juifs se fait plus vive, les menaces vont bientôt survenir. Et pourtant, avec une confiance tranquille, les disciples rendent témoignage du don reçu. Ne voyons-nous pas ce même frémissement aujourd’hui ? De jeunes adultes choisissent de partir servir, parfois très loin, plutôt que de s’assurer un confortable salaire. D’autres retournent à la terre, cherchant à la fois à nourrir leurs frères et à retrouver, dans la création, un espace de rencontre avec le Seigneur.
 
Je vous invite à continuer à prier afin que nous discernions quelles réponses pourrons-nous apporter aux attentes contemporaines. Demandons au Saint Esprit d’envoyer des ouvriers pour la moisson du Seigneur. Puissent de jeunes hommes entendre et répondre aux appels au sacerdoce. 

Notre Père. 

Découvrez l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon !


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